FR : Construits de la main de l’homme, délaissés, oubliés et souvent souterrains, tels sont les lieux qui intriguent et inspirent Colin Riccobene qui les remet en lumière et en mémoire au travers de ses sculptures composites proposant des récits mêlés d’histoires médiévale et religieuse, de (sous- )cultures ouvrière et urbaine, et autres motifs vernaculaires. Entre documents et monuments, totems et autels, elles s’érigent telles des « ruines contemporaines » 1 érodées au fil du temps, prises dans cette tension entre construction et destruction propre à l’entropie. Explorateur, dénicheur, chineur, Colin Riccobene arpente, cherche, trouve, prélève, récupère, reproduit, taille, grave, assemble, colle (sans colle), moule, fond, coule, … Autant d’actions et de gestes qui renvoient à une large palette de techniques et de matériaux, le plus souvent naturels, du bois à l’étain en passant par la cire d’abeille, la mousse, le lin, le plâtre, la céramique, le béton, la pierre ou encore le papier photo.
L’image, captée au téléphone lors de l’exploration, s’invite de manière quasi systématique au sein des formes qui en procèdent. Ainsi d’Archives souterraines qui intègre non seulement la photographie, mais aussi la vidéo et le son à l’aide d’un nano-ordinateur, inscrivant ici de manière plus technologique la notion polysémique de flux qui traverse tout le travail de l’artiste. Si cette pièce, nichée dans l’une des alcôves de la Maison forte de Hautecour, renvoie à un travail antérieur effectué dans la rivière souterraine du Furan à Saint-Étienne, où il a étudié, d’autres pièces exposées à l’occasion de « Tendre vitriol » se rapportent à des explorations menées dans les
départements voisins d’Isère et de Savoie, dont les numéros respectifs (38 et 73) se retrouvent durablement incrustés dans deux nouvelles productions. Comme pour
souligner l’importance de la marche et plus largement de la circulation dans son processus de recherche et de création,
l’œuvre Premier pas réunit six pans de traverses SNCF et huit reproductions en plâtre de têtes de gargouille ; quant au portail des gloutons, il dresse sous nos yeux la réinterprétation libre d’une scène infernale de jugement dernier sous la forme d’un bas-relief.
En faisant cohabiter ornements architecturaux, images cryptiques, traces indéchiffrables, fragments de corps (humain ou non) et moyens de passage ou d’excavation, Colin Riccobene ouvre et articule de nouvelles voies narratives dont on peut entrevoir et emprunter l’entrée, sans jamais en mesurer la profondeur ni connaître l’issue.

Texte par Anne-Lou Vicente



EN : Colin Riccobene is inspired ans intrigued by places built by humans, often underground, that have been abandonned and forgotten. Using composite “memorial sculptures,” he revives these spaces, interweaving narratives from medieval and religious history, working-class and urban (sub)cultures, along with other vernacular themes. Somewhere between document, monument, totem and altar, these sculptures stand like “contemporary ruins” weathered by time and torn between construction and destruction, as if in entropy. Colin Riccobene is an explorer, a scout and an antique hunter. He wanders, seaches, finds, collects, recovers, reproduces, carves, engraves, assembles, glues, molds, melts, and casts. These multiple actions and gestures refer to a wide range of often natural techniques and materials, from wood to tin, beeswax, moss, linen, plaster, ceramics, concrete, stone and even photographic paper. 
Whether digital or analog, the images captured while exploring are almost always incorporated into the resulting forms. Archives Souterraines, for  exemple, integrates photography, video and sound using a nano-computer, thereby technologically inscribing the polysemic notion of flow that permeates the artist’s entire body of work. 
Nestled in one of the Maison Forte de Hautetour’s alcoves, this piece refers to earlier work carried out in the underground river of Furan in Saint-Etienne, where he studied. Other pieces presented in Tendre Vitriol, however, touch upon his explorations in the neighboring departements of Isère and Savoie, whose respective departments numbers (38 and 73) are firmly embedded in two new productions. Premier Pas brings together six pieces of SNCF railway sleepers and eight plaster reproductions of gargoyle heads, as if to emphasize the importance of walking and, more broadly, circulation in his research and creative process. Meanwhile, the Portail des gloutons presents us with a free reinterpretation of a hellish scene from the Last Judgment, in the form of a bas-relief. By bringing together architectural onrnamentation, encrypted images, indecipherable tracks, bodily fragments (whether human or not), ways of passage or excavation, Colin Riccobene opens and articulates new narrative paths, the entrance to which we can glimpse and follow, without ever being able to gauge their depth or know their outcome. 

Text by Anne-Lou Vicente